Dans l’atelier
Comment un bijou MarYjou prend forme
Avant d’être un bijou, il y a une plaque, un fil, parfois une chute de métal que je refuse de laisser de côté.
Une matière sans forme précise, qui ne demande qu’à être transformée.
Je commence parfois par un dessin. Mais pas toujours.
Une texture, une forme aperçue, une association de matières, une expérimentation à l’établi… ou simplement l’envie d’essayer quelque chose de nouveau peuvent être le point de départ.
Le métal comme terrain de jeu
J’aime le métal pour une raison assez simple : il peut être transformé encore et encore.
On pourrait l’imaginer rigide, froid, immuable. Il est tout le contraire. Chauffé, martelé, étiré, plié, laminé, fondu… il peut changer de forme, de texture, d’aspect.
Et lorsqu’un bijou ne me plaît plus ou qu’une chute de métal ne trouve pas sa place dans une création, la matière peut être retravaillée et réutilisée.
Le métal peut ainsi être transformé et recyclé à l’infini, ou presque.
C’est une matière aux possibilités immenses, et c’est justement ce qui me plaît. Je peux partir d’une même plaque ou d’un même fil et l’emmener dans des directions complètement différentes.
Je trace, je scie, je lime, je plie, je martèle, je soude, je chauffe. Chaque geste transforme la matière et fait peu à peu apparaître la forme.
Mais parmi tous ces gestes, il y en a un qui me fascine particulièrement : travailler au chalumeau et regarder ce que le feu fait à l’argent.
Avec la chaleur il se ramollit, fond, se rétracte, se déforme. La fusion et la réticulation permettent de créer des surfaces et des formes qu’on ne pourrait pas obtenir autrement. Il faut apprendre à maîtriser le feu, mais aussi à observer les réactions du métal.
Savoir intervenir, parfois laisser faire, accepter une part d’imprévu.
C’est souvent là que naissent les formes que j’aime : irrégulières, organiques, souvent impossibles à reproduire exactement.
Et puis il y a tout ce qui se passe autour. Une forme peut évoluer en cours de fabrication, une texture peut être accentuée, une proportion modifiée.
Je peux revenir sur ce que j’ai fait, essayer autrement, changer de direction.
C’est aussi ce qui me plaît dans ce métier : ne pas toujours savoir exactement où je vais.
La texture et les contrastes
La texture occupe une place importante dans mon travail.
J’utilise notamment des ciselets, le marteau, le laminoir ou encore le chalumeau pour transformer les surfaces. Certaines textures sont pensées dès le départ, d’autres apparaissent au fil des manipulations.
J’aime les formes irrégulières, les surfaces qui gardent la trace du geste et les matières qui ne sont pas parfaitement lisses.
Mais ce que je recherche surtout, c’est le contraste entre les surfaces.
Un métal brut à côté d’un poli miroir. Un relief mat face à une surface brillante. Une zone sombre grâce à l’oxydation qui fait ressortir une partie lumineuse.
Ces contrastes accrochent la lumière différemment, donnent de la profondeur au bijou et révèlent parfois des détails que l’on ne voit pas au premier regard.
Les dernières finitions interviennent pour sublimer tout ça : limage, ponçage, polissage, oxydation parfois…
Cette étape est essentielle. Elle permet de préciser les contours, d’adoucir les parties qui doivent l’être et surtout de révéler le travail des surfaces.
Et puis il y a le bijou
Après tous ces gestes, la plaque ou le fil de départ n’est plus là. Il reste un objet que l’on peut porter.
C’est probablement ce que j’aime le plus dans ce métier : partir d’une matière brute, la transformer de mes mains et voir apparaître quelque chose qui n’existait pas avant.
